František Vincenc Kramář, dont le nom fut germanisé en Franz Krommer, est né le 27 novembre 1759 à Kamenice en Moravie du sud dans la famille d'un aubergiste qui deviendra plus tard maire de son village. Enfant paisible et sans don musical particulièrement précoce, Krommer est initié à l'âge de l'adolescence à la musique par son oncle Antonin Mátyás Kramář (1742-1804) lui-même bon organiste, compositeur expérimenté et maître de chapelle (on disait à cette époque "kantor", sorte à la fois d'instituteur, de musicien et de chef de chur, personnage clef de la vie musicale et sociale des villages de Bohême et de Moravie aux 17ème et 18ème siècles).
František Vincenc Kramář fait a Vienne vers 1785 un premier séjour d'une année environ, séjour qui lui donne la chance de croiser le chemin de Mozart, d'autres compositeurs, d'illustres représentants de l'immigration tchèque et peut-être de se familiariser déjà avec certaines des uvres écrites pour ensemble d'instruments à vent, un répertoire fort à la mode et apprécié de l'aristocratie austro-hongroise d'alors. Krommer quitte Vienne pour l'orchestre du Comte Styrum-Limburg dont la résidence se trouve en Hongrie, au sud-ouest de Budapest. Il est engagé comme violon solo de l'orchestre puis, gagnant la confiance de son maître, devient Maître de Chapelle. Il a souvent été suggéré par le passé que ses premières uvres pour ensemble d'instruments à vent auraient été écrites à cette occasion. Aucune source n'a été conservée permettant de confirmer cette hypothèse.
Trois partitas pour octuor à vent
de Krommer ont été enregistrées par l'Ensemble
Philidor, sur instruments anciens.
"L'extraordinaire tradition viennoise des ensembles d'instruments à vent régénérée ! L'âge d'or de l'octuor (à vent !). Une écriture séduisante, virtuose et inventive, pleine d'humour et de tendresse, au carrefour de l'esprit galant de la fin du classicisme et d'un premier romantisme extraverti." |
Aux alentours de 1790, Krommer obtient le poste d'organiste et de chef de chur à la cathédrale de Pec, une des plus importantes villes de Hongrie, quitte ces fonctions pour entrer ensuite au service du Comte Antal Károlyi comme chef de son harmonie militaire, poste qu'il abandonnera rapidement pour Bratislava et pour le Prince Anton Grassalkovics. Il est encore une fois violon solo de l'orchestre. Le Prince Anton Grassalkovics était plus particulièrement fasciné par le répertoire pour ensemble à vent et entretenait une harmonie. Il venait d'employer un autre compositeur tchèque et hautboïste Jiří Druzecký, originaire lui aussi de Bohême (Krommer avait-il appris à jouer du hautbois comme le suggère Pavel Vranický, encore un autre musicien émigré de Bohême dans une lettre de 1798 : "Krommer jouait du hautbois, du fortepiano et du cymbalum (!) avec une grande virtuosité et aussi habilement qu'il concertait avec son violon !").
Le Prince Grassalkovics avait en vain tenté de persuader Haydn de le rejoindre en 1790. Sa chapelle musicale était constituée d'excellents musiciens très expérimentés. Malheureusement, le Prince Anton Grassalkovics meurt en 1795 et Krommer va se retrouver, malgré sa réputation, sans emploi fixe pendant près d'une dizaine d'années. Il travaille brièvement comme Maître de Chapelle du Comte Fuchs mais son infortune continue. Pour des raisons de restrictions budgétaires dues aux efforts de guerre de l'empire austro-hongrois contre l'expansionnisme napoléonien, la cours de Vienne lui refuse un emploi de violoniste en 1806. Il obtient enfin en 1810 un poste assez modeste (mal payé...) de Directeur Musical du Théâtre Royal et Impérial et par la suite un emploi de "Kamertürhüter" à la cour de Vienne. C'est à ce titre que Franz Krommer, accompagnant l'Empereur, voyage en Europe, visitant Paris (1815), l'Italie, Venise, Milan (1816) dont il devient membre d'honneur du Conservatoire. En 1818, il est nommé cette fois à la demande de son compatriote Antonin Reicha professeur, membre d'honneur du Conservatoire de Paris. C'est à cette époque que l'on découvre et l'on publie ses uvres majeures pour ensemble d'instruments à vent à Paris et dans d'autres capitales européennes.
C'est aussi en 1818 que Krommer, succédant à Léopold Koželuh et célèbre sur tout le continent, devient enfin compositeur de la Cour et Maître de la musique de chambre impériale à Vienne. Il gardera ses fonctions jusqu'à sa mort à l'âge de 71 ans. C'est un âge tout à fait respectable pour cette époque, mais la cause du décès du compositeur aurait été plus le traitement infligé par un mauvais médecin que la maladie elle-même !
Krommer avait été nommé auparavant membre de la prestigieuse Wiener Gesellschaft der Musikfreunde (en 1818), société à l'origine de la fondation du Conservatoire de Musique. Si l'on en croit un chroniqueur de l'époque, F. Krommer était un homme paisible, généreux, dépourvu d'ambition, peu intéressé par les querelles de son temps, une sorte de philosophe grec travesti en bourgeois musicien.
L'ensemble de sa production est d'une excellente facture ce qui peut expliquer les nombreuses éditions, contemporaines de la vie de Krommer. En 1813, le musicologue E.L. Gerber considérait dans son lexique des musiciens que ses quatuors à cordes égalaient ceux de son aîné J. Haydn et l'on voyait à cette époque en Krommer un sérieux rival de Beethoven.
(Eric Baude)
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