La Missa Pastoralis Bohemica, appelée la plupart du temps Messe de Noël Tchèque ou "Hej Mistře", est, en analogie avec son époque, un jeu sur la Nativité adapté à la structure traditionnelle d'une messe. La dramaturgie peu élaborée de l'annonce de la naissance de l'enfant Jésus et la venue des bergers à Bethléem n'a que peu de liens avec le texte liturgique en langue latine.
Ryba a composé sa messe en 1796, dans sa trente et unième année, pendant la période la plus (relativement) sereine et heureuse de sa vie. Cette messe possède un caractère pastoral évident. Sa spontanéité touchante, et l'humeur joyeuse de ses thèmes, vont de pair avec un texte en langue tchèque populaire plein de charme. L'action est transposée dans le milieu rural tchèque local. L'uvre connut une rapide diffusion à travers les pays de Bohême, grâce à de nombreuses copies et cette diffusion continua après la mort de Jan Jakub Ryba en 1815. Les copistes étaient pour la plupart habituellement d'autres kantors ou chefs de chur. De telles uvres étaient couramment adaptées, plus ou moins adroitement, selon les nécessités et les effectifs à leur disposition. "Je fus contrarié lorsque je vis et j'entendis beaucoup trop d'instituteurs présomptueux qui osaient modifier des uvres de grands maîtres en les raccourcissant avec impudence, ou bien en les prolongeant de manière incorrecte." (souvenirs de Jan Jakub Ryba). Les adaptations souvent peu scrupuleuses et respectueuses du style original consistaient dans le changement de l'instrumentation, dans des corrections du texte, de la mélodie, du phrasé des voix, de la structure rythmique, de l'harmonie, et dans la transposition dans d'autres tonalités, souvent plus graves (un ton en dessous) afin d'offrir aux chanteurs "amateurs" un plus grand confort d'interprétation. Ces pratiques étaient courantes quel que soit le répertoire interprété.
D'après les souvenirs de Jan Jakub Ryba, nous savons qu'il pouvait écrire directement les parties séparées en se passant de réaliser un conducteur. Le Kyrie montre dès les premiers instants de la messe le sens inné de Ryba pour la dramaturgie. Dans une mesure à deux temps, dans la tonalité de la majeur, orgue et cordes en pizzicatti, dialoguent dans un savoureux contraste de rythmes et de nuances. Le ton est donné dès ce Kyrie. Les instruments s'interpellent comme les chanteurs. Ryba instaure un climat de danse pour amener la conversation des deux bergers. Après avoir entendu des échos de chalumeaux, "moldánkový jemný hluk"... le plus jeune des deux secoue son aîné endormi : "Holà maître, réveille-toi !". Tout d'abord d'humeur méchante, "mais pourquoi diable me réveilles-tu ?", le vieux berger s'étonne de la beauté de la musique et de la nuit. "Co jest, co jest za libé hraní". Le Kyrie se conclut sur la phrase "partons sans perdre de temps" sans que soient dévoilées les raisons de ce départ. Au début du Gloria en sol majeur, les voix des anges (chur de sopranos et altos) révèlent la nature de l'événement : la naissance du messie. Elles réveillent d'autres gens de la campagne et les incitent à se mettre en route ensemble vers Bethléem. Le vieux pâtre revient, encore mal remis de son brusque réveil. Il essaye de reprendre ses esprits et l'initiative. Un duo de bergers (alto et chur), d'allure modérée (andante), accompagné par les cordes dans la partie centrale, ressemble à s'y méprendre au duo de Pamina et Papageno (air n 7) de l'acte I de la Flûte Enchantée ("Betlém stojí, jak vohni...").
L'influence de l'écriture et du style mozartiens est conséquente dans l'uvre de Jan Jakub Ryba. Celui-ci n'hésite pas à son tour à utiliser et adapter des motifs empruntés chez Mozart, en particulier dans les Noces de Figaro, la Flûte Enchantée et dans la musique de chambre. Le chur dialogue avec le vieux pâtre et entonne un chant de louanges en reprenant le thème de l'introduction du Kyrie. Kyrie et Gloria forment ensemble une entité musicale homogène qui s'insère dans le cadre liturgique. Le Graduale est une polka typiquement tchèque en do majeur. Le vieux berger a repris ses esprits et organise les préparatifs du départ à Bethléem. Comme il se doit, les musiciens locaux seront du voyage et de la fête. Le Credo a été écrit à l'origine dans la tonalité de ré majeur. De courts solos de basse alternent avec les interventions du chur dans une ambiance d'impatiente ferveur. Le texte de l'Offertoire se rapproche de la liturgie. "Agenouillons-nous et rendons hommage à notre sauveur" demande le vieux pâtre. Les cornemuses se font alors entendre. Un court Sanctus précède un Benedictus de forme traditionnelle A B A. L'Agnus Dei revient à la tonalité initiale de la majeur. Le dernier mouvement s'installe dans un brillant do majeur et permet de conclure la Messe pastorale de Noël en tambours et en trompettes (cités dans le texte) comme il se doit.
Le manuscrit autographe des parties séparées est conservé au Musée de la Musique Tchèque (NM III D 135). La tonalité d'origine est la majeur. Il existe de nombreuses copies dans cette tonalité et dans la tonalité transposée de sol majeur, et d'autres copies de chaque mouvement séparé en tant que pastorale indépendante. Cette messe a été éditée en 1930 par Karel Pertlíček d'après une copie du cloître de Strahof à Prague, copie contenant des modifications. Une autre version avec accompagnement de l'orgue a été réalisée par A. Ptácek. Il existe une autre édition pratique publiée à Prague en 1957 par A. Michla. Enfin, le Kyrie a été publié dans le volume de l'histoire de la musique tchèque en exemples, Prague 1958.
Soprano, alto, ténor, basse soli, chur à quatre voix, flûte concertante, deux clarinettes, deux cors, trompette, timbales, cordes et orgue.
Jan Němeček, Jakub Jan Ryba, la Vie et l'Œuvre, édition SHV Prague 1963.
Jiří Berkovec, Jakub Jan Ryba, Jinočany 1995.
Eric Baude, Tours, mai 2002
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