Un jour sans concerts, je décide de me rendre à Nelahozeves. C'est le village natal de Dvořák, facilement accessible en train depuis Prague.
Le point de départ est la gare Masaryk. C'est confortable, il y a un train par heure.
Certains trains sont directs, mais il faut dans la plupart des cas prendre une correspondance à Kralupy.
Pendant le trajet, j'observe les voyageurs. Cette dame d'un certain âge, a dû vivre une bonne partie de son existence pendant le communisme. Que peut-elle bien penser de la préadolescente en chemise fluo qui, quelques sièges plus loin, compose des SMS ? Quel étrange destin, celui de ces anciens pays communistes. J'ai le sentiment que les poussières du mur de Berlin ne sont pas encore retombées et qu'il faudra des générations pour se remettre d'un traumatisme violent et sous-estimé - si rien d'autre n'arrive d'ici là.
Nelahozeves ! Ou plus précisément : Nelahozeves Zámek. Oui, il y a deux arrêts dans ce village, et je me suis déjà fait avoir une fois. Je suis descendu au second, sur la foi d'un contrôleur ignorant ou facétieux. Avec comme conséquence de marcher des heures sous un soleil de plomb pour rejoindre la maison natale de Dvořák... Comme cela ne suffisait pas, j'ai mal compris les explications qu'on m'a données et me suis fourvoyé sur une route à grande circulation, à marcher des heures à quelques mètres de semi-remorques lancés à vive allure. Je n'ai dû mon salut qu'à une jeune automobiliste qui a eu pitié de l'auto-stoppeur penaud, accablé, se voyant déjà happé par le souffle d'un 15 tonnes. Il semblerait que j'ai eu de la chance, l'auto-stop ne marche pas très bien en Bohême...
La leçon a porté. Je descends cette fois-ci à Nelahozeves Zámek.
La maison natale-musée de Dvořák est fermée le lundi, mais ce n'est pas bien grave. Il n'y a pas grand chose à voir à l'intérieur. J'apprécie la beauté simple de l'endroit, agrémentée d'une statue - assez sévère - du maître en chef d'orchestre.
La Vltava toute proche, juste derrière le chemin de fer, baigne le village. En surplomb, l'imposant château des Lobkowicz.
Je prends une bière à la brasserie du coin. Etait-ce là que Frantiek Dvořák, le père d'Antonín, en bon patron, animait les soirées de sa cithare ?
Retour à Prague.
Les Tchèques adorent le hockey sur glace. Le restaurant est rempli d'amateurs qui, ce soir là, acclament la large victoire de leur pays sur le Canada.
Fin du séjour. Un dernier regard vers cette ville étonnante, la Vltava, le Rudolfinum, la Mala Strana, avant de retrouver le quotidien et sa monotonie.
Par bonheur, je raméne un véritable trésor dans ma valise : l'opéra Tvrdé Palice... et c'est Jiří Belohlavek qui dirige.