« Non seulement sa Colonne infinie m'a frappé, mais elle m'a influencé au point que j'ai donné son nom à une de mes études pour piano, quasiment une traduction de la plastique en musique. »
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La quatorzième étude de Ligeti vient parachever le second livre que le compositeur a dédié au piano. Loin d'être une pièce isolée, cette étude trouve naturellement sa place au sommet d'un édifice qui semble être, de près ou de loin, lié à l'héritage de Brancusi. Ainsi, la première étude du livre II est intitulée Galamb Borong, allusion aux gamelans, ces ensembles traditionnels de percussions que l'on trouve en Indonésie. N'y aurait-il rien d'autre derrière cet intitulé ? Ligeti nous invite à la découverte : "J'aime les allusions, les doubles sens, les polyvalences de signification, les doubles fonds, les arrières-pensées." L'étude suivante, Fém, métal comme nous l'apparaît la matière de la colonne sans fin, d'un si vif contraste avec la nature qui l'environne. Vertige, sans aucun doute, devant la taille de la sculpture. Vertige aussi face aux sentiments contradictoires qui s'emparent du spectateur/auditeur, aux multiples interprétations que suscite l'inépuisable richesse de ces œuvres. L'homme, apprenti sorcier (Der Zauberlehrling, 10ème étude) qui comme au temps de Babel a voulu ériger un monument à son orgueil, se mesurer à la création. Le titre de l'étude suivante, En suspens, s'applique exactement au sentiment que l'on ressent au pied de la colonne : ce trait d'union entre terre et ciel est-il bien fixé au sol ou au contraire supendu dans les airs ? Aux entrelacs (étude n. 12) des courses effrénées des doigts du pianiste répondent ceux des structures superposées par Brancusi (que les savants nommeraient : "rhomboïdes"). Le malin a-t-il emprunté l'Escalier du diable de la colonne infinie pour venir glisser, tel un certain Nekrotzar, son grain de sable dans les affaires humaines ? Ou bien a-t-il a réintégré les cieux en montant comme au long d'une corde à nœuds, pour rejoindre sa place initiale à la droite de Dieu ? Et la quatorzième et dernière pièce du livre, colonne infinie, coloana infinita, colana fara sfârsit, résonne longtemps dans l'esprit de l'auditeur. "Je m'imagine la musique comme quelque chose de très loin dans l'espace, qui existe depuis toujours et qui existera toujours, et dont nous n'entendons qu'un petit fragment." (György Ligeti)
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