Soir d'été (Au crépuscule) de Zdeněk Fibich

Le compositeur Zdeněk Fibich partage avec Smetana et Dvořák une place de choix dans la musique tchèque de la fin du XIXème siècle. De son oeuvre immense et méconnu, seules apparaissent encore au concert quelques rares partitions. Parmi celles-ci, le beau Soir d'été pour orchestre symphonique, écrit en 1893.

Une page inspirée

Cette page inspirée dure une quinzaine de minutes. Elle évoque, dans le cadre enchanteur d'un soir tombant sur l'île Žofín à Prague, les promenades amoureuses du compositeur et sa bien-aimée, sa jeune élève Anezka Schulzová. Une autobiographie musicale, à l'instar des très nombreux morceaux dédiés au piano inspirés par son dernier amour.

V podvečer
, que Zdeněk Fibich lui-même a traduit en français par le Soir d'été (1), adopte une forme de rondo pour orchestre. Le début de l'œuvre reprend la même pulsation sourde que dans l'ouverture Dans la nature (1891) d'Antonín Dvořák. Bientôt les cordes font entendre un premier thème qui s'épanouit en une mélodie lyrique, empreinte de noblesse. Un épisode animé évoquant les fééries de Mendelssohn s'efface devant le chant du merle à la flûte. La reprise du refrain offre enfin, sous la forme d'une variation du thème initial, la mélodie principale du Soir d'été. Elle sera connue, dès la fin du XIXème siècle, sous le titre de Poème. Le violoniste Jan Kubelík en réalisera son propre arrangement qu'il mettra souvent au programme de ses concerts. Cette cantilène émouvante permettra au nom de Fibich d'être reconnu au-delà des frontières de la Bohême, faisant plus pour la renommée de son auteur que les symphonies, les opéras ou la musique de chambre... Pourtant, ne serait-ce que dans le Soir d'été il serait regrettable d'omettre la beauté des différents épisodes du rondo symphonique, parsemés de murmures dans la forêt et de danses féériques. Ainsi, le beau passage où le violoncelle solo dialogue avec la flûte se mue en une nouvelle envolée du poème, plus brève mais toujours accompagnée par le contrechant du flûtiste. L'œuvre se termine dans l'intimité, expression de la plénitude de l'âme en parfaite harmonie avec la nature.

Pour écouter

L'enregistrement historique de Karel Šejna avec la Philharmonie Tchèque (11 avril 1950, mono) permet aux curieux de découvrir les trois symphonies de Fibich, en plus du Soir d'été et de la cantate sur un texte de Jaroslav Vrchlický Un conte de printemps op. 23. Interprétation alerte, musicalement irréprochable mais techniquement datée.

Fibich symphonies
Fibich : symphonies 1 à 3
Soir d'été - Un conte de printemps
Drahomíra Tikalová, soprano - Karel Kalaš, basse
Choeur Philharmonique de Prague, Jan Kühn
Orchestre de la Philharmonie Tchèque, Karel Šejna
SUPRAPHON 3618-2 902


Plus proche de nous, l'américain David Bostock a gravé à la tête des musiciens de Carlsbad (Karlovy Vary) tout un ensemble d'oeuvres symphoniques tchèques. Nous les retrouvons dans un album de 4 CD très bon marché intitulé The Bohemian Masters. Un titre quelque peu restrictif puisque nombre de maîtres importants sont ignorés, en revanche nous avons le plaisir de découvrir des pages d'un grand intérêt documentaire (August et Josef Labitzký, Oskar Nedbal...)
Dans le Soir d'été, Bostock adopte un tempo lent (19 minutes, à comparer aux 15 minutes de Šejna) afin de mieux mettre en valeur les belles envolées de la mélodie. Version moins expressive, elle intéressera surtout un public désireux de connaître les véritables raretés que comporte ce quadruple album.

Quadromania Bohemian Masters

Quadromania 222198-444
Enregistrements de la fin des années 1990
Ci-dessous, le programme de l'album. Le Soir d'été est intitulé, en anglais, At twilight.

The Bohemian masters (2)

Notes

(1) Quelques semaines avant sa disparition prématurée, Fibich est invité à envoyer une partition manuscrite à l'Exposition universelle de Paris (1900). Il choisit le Soir d'été, une oeuvre créée en France à l'occasion de cette même exposition. Voir sur ce site Paris 1900 : l'Ouvreuse et la musique tchèque.

Sources


Alain Chotil-Fani, juin 2006