La perception française de la musique de Janáček à travers les écrits (4)



La diffusion de la musique de Janáček en France
à travers les écrits par les disques par les concerts

1 dictionnaires 2 encyclopédies
spécialisées
3
la Revue Musicale
4
monographies
livres
5
revue grand public


 Les livres spécialisés


livres-janacek

de 1930 à 2005, Janáček n'a été illustré que quatre fois par l'édition musicale française 

Le tour d'horizon est vite effectué pour les publications en langue française. Jusqu'en 2000, deux livres seulement ont été consacrés à des études de Janáček et de sa musique. Tout d'abord, en 1930, Daniel Muller, tout juste deux ans après la disparition du compositeur, donc sans recul, rédigea un livre, à la fois abondamment illustré, relativement bien documenté et analysant les principales compositions malgré quelques inévitables erreurs dans la chronologie qui n'entachent en rien la qualité d'une telle étude. Une réédition bienvenue eut lieu en 1975, mais réalisée par un éditeur ne bénéficiant pas de la couverture nationale des grandes maisons d'édition, sa diffusion ne toucha qu'un public restreint. Cinq ans plus tard, Guy Erismann fit paraître aux éditions du Seuil sous le titre "Janáček, la passion de la vérité" une monographie dans laquelle le lecteur retrouvait un grand nombre des informations délivrées vingt ans auparavant par Jaroslav Vogel dans son livre qui avait l'inconvénient d'être écrit en tchèque et uniquement traduit en anglais. Il fallut encore attendre vingt cinq ans pour voir apparaître sous le même titre lapidaire "Janáček" deux nouveaux livres, tous les deux au format de poche, aux Editions Bleu Nuit et chez Actes Sud. A cela, il faut ajouter les excellents numéros de la revue Avant-Scène de l'Opéra dédiés à cinq opéras majeurs, dont quatre parutions étalées de 1986 à 1988 donnaient à comprendre la valeur de La petite renarde rusée, Jenufa, De la maison des morts, Katia Kabanova alors qu'on attendit janvier 1999 pour voir paraître l'Affaire Makropoulos. Quelle que soit l'excellence des analyses de ces brochures, nous nous trouvons en présence d'un contenu parcellaire qui ne saurait remplacer une synthèse. Une fois de plus, constatons que la politique éditoriale française est dans une indigence assez scandaleuse si on la compare par exemple à l'édition anglaise consacrée à Janáček.


livres-tch

Seuls, deux livres s'attachent à la musique tchèque

Dans un champ plus large couvrant l'ensemble des pays tchèques, nous ne trouvons que deux livres. En 1982, les Presses Universitaires de France dans leur populaire collection "Que sais-je" éditèrent une petite brochure centrée sur l' Histoire de la musique tchèque, due à la plume de Jean-Claude Berton. Pour la première fois, on s'intéresse à l'histoire musicale de ce pays. L'auteur, après avoir montré que la musique tchèque existait bien avant le XIXè siècle en listant un grand nombre de compositeurs tchèques de la Renaissance à l'âge baroque, octroie une place confortable à Smetana avec 8 pages, démontre la valeur de Dvořák sur plus de 6 pages et de Janáček qu'il gratifie de 4 pages. "C'est dans les rythmes et les tons du folklore morave qu'il a puisé sa matière musicale. Plus attentif à l'impulsion dramatique de sa force créatrice et à sa puissance émotionnelle instinctive qu'à la soumission à un style, il donne parfois l'impression d'un anti-conformisme déroutant dans ses variations et dans son laconisme, mais l'originalité et la conviction qu'il a mises au service d'une œuvre de lente maturation ont fait de ce Morave un compositeur universel" écrit-il en page 110 de son livre.  Enfin en 2001, Fayard mit à la disposition des mélomanes un fort ouvrage de 600 pages, rédigé par Guy Erismann, une Histoire de la musique dans les pays tchèques qui en décline la chronologie en quatre parties : des temps anciens à la Montagne Blanche, des ténèbres aux lumières, la musique et la question nationale, la musique en liberté. C'est donc à un panorama d'ensemble de l'histoire musicale tchèque qu'il nous convie. "Il existe peu d'exemples d'artistes capables d'explorer la tradition avec tant d'attention et d'en extraire la dynamique cachée pour créer une dynamique nouvelle, celle de la vérité, s'appuyant non sur des tics du passé, mais sur les sources secrètes du langage, traduction authentique des pulsions vécues." peut-on lire en page 394 à propos de Janáček.

attraction-necessite

Les affinités électives entre Paris et Prague

La simple lecture du titre "L'attraction et la nécessité" ne peut expliquer la présence de ce livre ici. Mais il suffit de regarder le sous-titre pour que l'éclaircississement survienne : "Musique tchèque et culture française au XXè siècle". Dix-sept études très pointues examinent chacune un point précis de cette attraction mutuelle entre musiciens tchèques et français et plus largement entre artistes de ces deux parties de l'Europe et envisagent en quoi pour les Tchèques, Paris et l'art français s'affirmèrent comme une nécessité pour eux. Pour nous en tenir au domaine de la musique, retenons les regards pénétrants balayant le rôle de la culture musicale française dans le développement de la musique tchèque dans les contributions éclairées de Jiri Fukac, Sandra Bergmannova, Jarmila Gabrielova, entre autres, qui sous le bandeau "polarités et inspirations" examinent les influences diverses auxquelles cédèrent des musiciens comme Bohuslav Martinů, Otakar Jeremiáš, Jaroslav Křička, Pavel Bořkovec et Alois Hába. Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement, c'est l'article intitulé "Leoš  Janáček et la France - relations croisées" dans lequel la musicologue Marianne Frippiat pour la première fois interroge les archives pour dresser un relevé des liens tentés par le compositeur avec notre pays et la plupart du temps avortés pour des raisons qui nous semblent futiles. Elle attire l'attention sur l'attrait du compositeur morave pour la langue et la culture françaises qui se manifesta de manière aigüe à plusieurs périodes de son existence, par son étude de la langue, par son examen d'œuvres littéraires et musicales. Elle établit la liste des rendez-vous manqués avec des personnalités françaises et ceux qui n'ont finalement pas débouché sur quelque chose de positif. Enfin, elle examine les trois projets d'exécution en France d'ouvrages de Janáček (Ballade de Blanik, Taras Bulba et Jenůfa) qui n'aboutirent pas. Décevantes pour le compositeur, ces relations avec la France le furent aussi pour les musiciens français et le public qui dut se contenter de quelques rares exécutions de sa musique (voir la réception française de la musique de Janáček par les concerts). A sa mort, Janáček restait ignoré du plus grand nombre de nos compatriotes…

Conclusion


Force est de constater la rareté des publications réservées à la musique tchèque et à Janáček. Visiblement, la grande majorité des musicologues français délaisse la musique de ce pays et ses musiciens et ne lui accorde pas l'importance qu'elle mérite.

Joseph Colomb - janvier 2006 (révision juin 2006)